Lettre des objecteurs de croissance de Liège

Le 20 septembre 2013

mpOC-Liège
Mouvement politique des objecteurs de croissance
Groupe de Liège

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vous pouvez la consulter, de même que les lettres précédentes,
à l'adresse liege.mpoc.be/lettre/.

 
Bonjour,

Nous serons présents ce dimanche à Bio en Liège, au Jardin Botanique, de 10 à 18 h ; peut-être aurons-nous le plaisir de nous y rencontrer. Nos prochains dimanches conviviaux auront lieu le 20 octobre (balade) et le 10 novembre à 14 heures (projection-exposé-débat La Era del Buen Vivir). Vous trouverez ci-dessous le détail du programme de ces rendez-vous.

 

Sommaire

– Nos prochains dimanches conviviaux
– L'agenda du mpOC-Liège
– Albert Jacquard nous a quittés
– Suggestions de lecture
– Soutien aux faucheurs d'OGM (procès des patates)
 

Nos prochains dimanches conviviaux

Dimanche 20 octobre

Belle balade pédestre dans la vallée de la Vesdre. Boucle au départ de la gare de Nessonvaux d’environ 10 km. Visite de la chèvrerie de Paul Bas à Trasenster (sous réserve).
Départ en train de la gare des Guillemins à 10 h 20, arrivée à la gare de Nessonvaux à 10 h 38 (heure de départ de la balade).
Heure de départ du train de retour à Liège : toutes les heures impaires 22.
Prendre son pique-nique et de bonnes chaussures. Numéro de téléphone du jour : 0485.91.19.07.

Dimanche 10 novembre à 14 heures

Projection-exposé-débat La Era del Buen Vivir.
La Era del Buen Vivir raconte l’histoire de Mayas du Guatemala d’aujourd’hui qui, en mettant en pratique leur propre définition du développement, construisent leurs propres solutions pour demain. Le film dure 52 minutes et est en espagnol avec sous-titres en français. Plus d'information sur le site du film.
Goûter à partager sur le mode de l'auberge espagnole : chacun apporte quelque chose à partager.
Entrée libre.
À La Zone, rue Méan 27, 4020 Liège (Outremeuse - www.lazone.be), en présence des réalisateurs Aline Dehasse et Jeroen Verhoeven.
L'invitation-tract.


L'agenda du mpOC-Liège

En gras les activités propres du mpOC-Liège ou celles auxquelles il contribue.


Albert Jacquard nous a quittés

Pour devenir idiot, il suffit d’être passif (Albert Jacquard, 2010).

Albert Jacquard est mort le mercredi 11 septembre à l’âge de 87 ans. Cet esprit brillant et engagé va nous manquer à tous. Il s'était investi dans de nombreuses causes dont celle du combat anti-nucléaire militaire et « civil » qui lui tenait particulièrement à cœur. Ci-dessous une interview d’Albert Jacquard publiée dans le journal L’Aberration, en 2001, à propos du nucléaire :

Pourquoi faut-il vraiment sortir du nucléaire ?
Il faut abandonner le nucléaire en raison de la nature même de cette énergie. Notre organisme sait nous prévenir de la plupart des dangers, pas de la radioactivité. Elle n’est pas détectable par l’organisme humain ! Nous ne sommes ni prévenus, ni immunisés. Si vous manipulez des substances radioactives, vous ne sentez rien. Pourtant, ça brûle. Marie Curie en a fait la cruelle expérience. Elle manipulait du radium à pleines mains et pourtant, elle ne sentait rien. Face à un tel danger des rayonnements, si nouveau, si pervers, seul un effort intellectuel permet de se prémunir. Pourtant, j’admire l’exploit technique que représente une centrale nucléaire. Mais il faut d’abord se poser la question de savoir à quoi tout cela sert. Le nucléaire, c’est un cadeau plus qu’empoisonné. Avec des déchets qu’on veut enfouir dans le sous-sol comme on glisse la poussière sous le tapis, mais pour un million d’années ! Tout ça pour avoir un peu plus d’éclairage dans nos villes ou le long des autoroutes belges.

Que préconisez-vous ?
Le vrai problème, c’est le gaspillage. Nous avons besoin de l’énergie mais elle doit être utilisée au mieux. Il faut s’interroger en permanence sur la finalité de l’énergie. Lorsqu’une expérience est faite, individuellement, tout va bien. Mais la finalité est perverse. C’est vrai du clonage comme du nucléaire.
Je plaide pour une société qui se pose la question de la finalité de ses choix. Or, on ne s’interroge jamais sur la finalité de l’énergie pas plus qu’on ne pose la question de la bombe atomique. Prenez le cas de la bombe française, qui est censée nous mettre à l’abri. Elle est inutile et néfaste. L’utiliser ? C’est le suicide à coup sûr… C’est un non sens.
Qu’il s’agisse du nucléaire civil ou du nucléaire militaire, les conséquences sont les mêmes : on est en train d’organiser le suicide à long terme de l’humanité. Sans que, jamais, on nous ait demandé notre avis. C’est tellement plus efficace quand on ne demande rien à personne ! Il existe une responsabilité collective de ceux qui ont décidé d’imposer ce mode d’énergie[…]

De nombreuses pages web sont consacrées à Albert Jacquard. Voici comment Wikipédia le présente : Albert Jacquard, né à Lyon le 23 décembre 1925 et mort à Paris le 11 septembre 20131, est un chercheur et essayiste français. Spécialiste de génétique des populations, il a été directeur de recherches à l'Institut national d'études démographiques et membre du Comité consultatif national d'éthique. Conférencier et auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, il tient un discours humaniste destiné à favoriser l’évolution de la conscience collective[la suite...]. Lire aussi, par exemple, la page Ce qu’Albert Jacquard nous apprend, sur le site michelcollon.info.


Suggestions de lecture

De la nature aux services écosystémiques – une commodification de la biodiversité

Virginie Maris est l'auteur de l'excellent livre Philosophie de la biodiversité - Petite éthique pour une nature en péril (Buchet/Chastel, 2010) où elle montre que la réponse à donner au problème environnemental et au déclin de la biodiversité se trouve non pas dans la science et la technique mais dans la philosophie, dans les questions que nous devrions nous poser individuellement et collectivement : La crise de la biodiversité n’est pas une crise technique, une inadéquation temporaire entre nos outils et les contraintes physiques de l’environnement. Il ne suffira pas, comme nous y invitent les apôtres du développement durable, de remplacer le pétrole par des éoliennes, de replanter des arbres, de peindre en vert les vitrines de la grande distribution et les bordures d’autoroutes. En multipliant l’offre de solutions technologiques, on ne fait que détourner le regard : on s’évertue à chercher de meilleurs moyens sans jamais questionner les fins.

De la nature aux services écosystémiques – une commodification de la biodiversité est un article que Virginie Maris a publié dans la revue Ecorev (n° 38, 2011 : Quelle(s) valeur(s) pour la biodiversité ?). Voici un extrait de cet article, aimablement transmis par Ecorev :

Le diagnostique est sans appel : nous assistons à une véritable crise de la diversité du vivant. Le rythme d’extinction des espèces apparente notre époque à un épisode d’extinctions massives, le sixième recensé dans l’histoire de la vie sur notre planète. Si cet épisode s’amorce dès la fin des dernières glaciations, à l’occasion des grandes migrations humaines il y a plus de 13200 ans, une accélération vertigineuse des extinctions d’espèces et de la dégradation des habitats naturels s’opère avec l’avènement de la société industrielle. Cette transformation majeure de la biosphère est le fait exclusif des activités d’une seule espèce, la nôtre. A travers la crise de la biodiversité, c’est la modernité dans son ensemble qui est questionnée, tant dans le rapport qu’elle a instauré entre humains et non-humains, assumant l’instrumentalisation radicale des seconds au service des premiers, que dans le rapport entre les humains eux-mêmes, prescrivant une croissance et une consommation sans borne, aux dépens de la justice et de l’équité entre personnes et entre peuples. Loin d’assumer cette remise en cause, la mode actuelle est à l’intégration du problème du déclin de la diversité du vivant au sein des logiques néolibérales dominantes. La biodiversité est en passe de devenir une commodité parmi d’autres. Nous décrirons ici la séquence de paradigmes qui a conduit à cette tentative de commodification, puis nous montrerons qu’une telle commodification n’est ni possible ni souhaitable.[...]

Une commodification de la nature

La défense de ces évaluations et de ces mécanismes se fonde bien souvent sur un argument soi-disant pragmatique qui procède de la façon suivante : « cela fait plus de trente ans que l’on sonne l’alerte, le déclin de la biodiversité continue de s’accélérer, c’est l’économie qui mène le monde et c’est donc par une meilleure prise en compte de la nature par les acteurs économiques qu’il faut passer pour parvenir à inverser la tendance ». Non seulement l’efficacité d’un tel argument reste à prouver, mais il pourrait même s’avérer contre-productif vis-à-vis des fins qu’il se fixe.

La notion de commodité est empruntée à Marx (7), qui décrit la façon dont le système capitaliste transforme les biens et les services en commodités, c’est-à-dire en objets de valeurs quantifiables et échangeables, généralement via des mécanismes de marché. La valeur intrinsèque ou la valeur d’usage de quelque chose ou de quelqu’un se voit alors éclipsée au bénéfice de sa valeur d’échange, autrement dit, de son prix.[...]

Conclusion

Il y a un véritable péril symbolique à laisser partout s’insinuer l’idée que toutes les valeurs sont mesurables et échangeables. De même qu’en chiffrant l’intérêt économique que l’on retire de nos relations avec nos amis on risque fort de dissoudre la notion même d’amitié, la réduction de la nature à un simple pourvoyeur de biens et de services susceptibles de faire l’objet d’échanges marchands ne peut que précipiter sa dégradation.

De tout temps, le politique s’est chargé de biens communs et de valeurs non-instrumentales. Nous n’attendons pas que l’éducation, la santé, le bien-être des citoyens, soient économiquement rentables. Tout du moins n’est-ce pas la rationalité qui a présidé à l’élaboration des Etats Providence que nous connaissons en Europe. La protection de la nature a longtemps été considérée comme un bien commun de cet ordre, elle s’est fondée sur des lois, des règlementations, des politiques de sensibilisation relativement indifférentes aux marchés ou à l’efficience économique. Or chaque pas que le politique cèdera à cette logique marchande est un aveu de défaite du politique en général. Alors que la crise de la biodiversité devrait nous inciter à une réévaluation profonde de nos valeurs et de nos représentations, qu’elle questionne les fondements de la modernité autant que l’hégémonie occidentale, la pire chose que nous puissions faire est de nous crisper sur cela même qui cause le problème actuel. La déclaration de la suprématie de la logique économiste dans les affaires humaines a tout d’une prophétie auto-réalisatrice. A répéter que c’est l’argent qui mène le monde, les autres logiques sont discréditées, les voix discordantes se censurent, les alternatives sont d’emblée écartées et l’on finit en effet par ne plus penser qu’en termes économiques.

Descartes nous voulait maître et possesseur de la nature. Darwin nous a appris que nous ne possédions rien, mais que nous ne sommes que les compagnons de voyage d’une myriade d’autres espèces dans l’Odyssée de l’évolution. L’écologie contemporaine nous démontre quant à elle que nous ne pouvons maîtriser des systèmes d’une complexité telle que le plus grand enseignement que nous en puissions tirer est celui de l’humilité et qu’il serait bien plus intelligent de s’ajuster à la nature que d’essayer de la dompter.

Lire l'article.

Feu sur l’école

Le numéro d'octobre-novembre 2013 de Manière de voir, le bimensuel thématique du Monde diplomatique est consacré à l'école : Sait-on encore ce qu’on attend de l’école ? Qu’elle résolve les maux de la société, face auxquels les dirigeants politiques se disent impuissants ? Qu’elle fournisse aux entreprises des salariés « compétents » ? Ou, plus simplement, qu’elle se concentre sur sa mission initiale : former des citoyens critiques ?

L'introduction de la première partie du dossier (I. La reproduction des inégalités) :

Aux yeux de l’éditorialiste américain Nicholas Kristof, cela ne fait aucun doute : la mesure qui, aux Etats-Unis comme ailleurs, contribuerait le plus à réduire les inégalités sociales serait d’« améliorer l’éducation ». Parmi les dirigeants politiques, les intellectuels en vue, les « experts » en tout genre qui peuplent les plateaux de télévision, l’analyse est largement partagée : les connaissances acquises sur les bancs de l’école offriraient le plus solide remblai pour combler le fossé séparant dominants et dominés.

Et si c’était tout le contraire ? Et si, plutôt que de les atténuer, le système d’enseignement contribuait à consolider les hiérarchies qui structurent la société ?

« Les idées dominantes d’une époque n’ont jamais été que les idées de la classe dominante. » L’observation de Karl Marx et Friedrich Engels pourrait s’appliquer à l’école, tant la méritocratie sur laquelle repose le système scolaire épouse les caractéristiques de la culture bourgeoise. Indépendamment des efforts et des convictions du personnel enseignant, cette institution masque les déterminants de la réussite : l’inégale répartition du capital économique, culturel et social. Et, au prétexte de promouvoir les « méritants », légitime une injustice. Car ce sont les fils et filles de bonne famille qui obtiennent les diplômes les mieux valorisés et qui accèdent aux positions de pouvoir.

– Manière de voir est disponible dans toutes les bonnes librairies (8,9 €).
– Le samedi 19 octobre, l’Aped vous invite à participer à la sixième édition des « six heures pour l’école démocratique ». Le programme.

Après Fukushima : des mères de famille à la pointe du combat contre le nucléaire

À lire sur le recommandé média alternatif « BASTA ! » (www.bastamag.net). Extrait :

Alors que des tonnes d’eau radioactive continuent à s’écouler de la centrale de Fukushima, les mouvements antinucléaires japonais se battent pour que les 52 réacteurs actuellement à l’arrêt le restent. En pointe de ce mouvement : les femmes du collectif Mama Gen. Face à un gouvernement pronucléaire, à une population qui pense tourner la page en jouant l’autruche, et à des médias qui les ignorent, la tâche est ardue. Basta ! vous emmène à leur rencontre.

Le 21 août dernier, pour la première fois depuis l’accident du réacteur nucléaire Daiichi à Fukushima, l’Autorité japonaise de régulation du nucléaire a qualifié un nouvel incident de grave : au moins 300 tonnes d’eau radioactive ont fuité d’un réservoir de stockage défectueux et, mélangées aux eaux pluviales, se déversent dans l’océan Pacifique. Tepco, l’opérateur de la centrale, a reconnu le « problème ». Mais a précautionneusement choisi de le faire après les élections au Parlement national, remportées par le parti pro-nucléaire de l’actuel Premier ministre, Shinzo Abe.

Le coup est dur pour les militants des mouvements antinucléaires locaux, réunis dans des coalitions dont la plus importante est "Sayonara Genpatsu Issenmannin Akushon" (Au revoir le nucléaire). « L’accident de Fukushima a réellement fait naître le mouvement antinucléaire japonais, auparavant invisible, explique Steve Zeltzer, Californien auteur du documentaire Fukushima never again. Des manifestations ont fleuri partout. Le mouvement a cru que cette expression, rare au Japon, serait écoutée par le gouvernement. Mais 2 des 54 réacteurs mis à l’arrêt ont rouvert et Abe, prônant la réouverture totale, a été élu. Les gens ont été sonnés. » Même si la récente élection parlementaire a, pour la première fois, permis à deux militants antinucléaires d’obtenir des sièges, le mouvement semble un barrage bien ténu face à la volonté gouvernementale de rouvrir tous les réacteurs à l’été 2014.


Soutien aux faucheurs d'OGM (procès des patates)

Un communiqué du FLM (Belgian Field Liberation Movement - Mouvement belge de libération des champs) du 20 septembre 2013 :

Ce mardi 24 septembre, le tribunal de Termonde rendra un nouveau jugement dans le cadre du procès des pommes de terre OGM. Celui-ci représente une nouvelle opportunité pour les juges d’accepter l’inclusion des Comparants Volontaires dans le procès, et de juger qu’il s’agissait, à Wetteren en mai 2011, d’une action politique légitime menée par des centaines de personnes contre un champ d’expériences OGM illégal.

Il n’y aura pas de mobilisation devant le tribunal de Termonde le 24 septembre, mais nous espérons voir émerger de nombreuses réactions publiques dans les jours à venir.

Vandana Shiva, chercheuse et activiste de renommée mondiale, s’est déjà fait entendre! Dans un théâtre gantois bondé, elle se demandait ce que cinq multinationales signifieraient encore si les paysans, les consommateurs, les militants et les universitaires critiques à travers le monde réalisaient qu’ensemble, ils représentent en fait la majorité.

Quant à l’Université de Gand, Vandana lui a proposé de transformer radicalement sa politique de recherche et de plus investir dans la recherche pour une agriculture durable. Un message spécial était destiné aux juges de Termonde et au recteur de l’université de Louvain (KUL) : arrêter la criminalisation des libérateurs de champ et revenir sur le renvoi de Barbara Van Dyck !

Écoutez sur dewereldmorgen.be comment elle exprime son chaleureux soutien aux libérateurs de champ.

Répondez massivement au jugement du 24 septembre, ou soutenez déjà les militants à l’avance ! Envoyez des messages à votre réseau, écrivez un communiqué de presse, appelez vos contacts presse et politiques, et faites-le nous savoir par courriel à fieldliberation@gmail.com. Vous pouvez également envoyer des messages de soutien sur le site dewereldmorgen.be.

Des alternatives à l’agro-industrie existent ! Les semences sont un bien commun ! Continuons à lutter pour une agriculture écologiquement durable !

Plus d’info sur le procès et le mouvement sur www.fieldliberation.org.


Pour le mpOC-Liège,
Francis Leboutte

Mouvement politique des objecteurs de croissance, groupe de Liège
Tél : 04 277 91 42
Courriel : info @ liege.mpOC.be
Site : liege.mpOC.be