Lettre des objecteurs de croissance de Liège

Le 5 décembre 2012

mpOC-Liège
Mouvement politique des objecteurs de croissance
Groupe de Liège

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Sommaire

– Nos prochains dimanches conviviaux
– L'agenda du mpOC-Liège
– Soutien aux faucheurs d'OGM
– Articles
– Pétitions
 

Nos prochains dimanches conviviaux

Le 9 décembre 2012 au matin

Belle balade au départ des cascades de Coo. Parcours varié : cascades, cours d'eau (Amblève), bois, prairies, lac, village. Relief : difficulté moyenne, entre 240 et 400 mètres d'altitude. Kilométrage : environ 11,5 kms.
Durée estimée (à 3,5 km/h) : 3h30. Avec les pauses et le pique-nique : 4 à 5 heures.

Rendez-vous à la gare des Guillemins, sur le quai d'embarquement (train Liège-Gouvy-Luxembourg), dernier wagon.
Départ à 9h18 ; arrivée à Coo à 10h08.
Retour par le train de 16h53 à Coo ; arrivée à Liège à 17h42.

Infos pratiques : – Prévoir pique-nique, chaussures de marche et vêtement de pluie ; – Prévoir du temps pour acheter son billet aller-retour (tarif réduit du WE) ; – Numéro de contact du jour : 0485.91.19.07.

Options :
– Pour les plus pressés, possibilité de rentrer par le train de 14h53.
– Pour les plus courageux, possibilité de monter jusqu'au Belvédère (environ 160 mètres de dénivelé sur une distance de 500 mètres).
– Tavernes : elles ne manquent pas aux alentours.

Dimanche convivial du 20 janvier 2013, 14 heures

Projection et exposé sur le pic du pétrole et la déplétion des ressources non renouvelables.
Le baril de pétrole à 300 $ demain ?
Pétrole et gaz de schiste : alternative, mirage ou suicide ?

Projection de l'excellent film d’animation Sans lendemain (There's no tomorrow, 35 minutes, VO sous-titrée). Une traduction (sous-titres) meilleure que celle actuellement disponible est en cours de réalisation par le mpOC-Liège.

Exposé et questions-réponses sur le pic du pétrole et l'énergie, les thèmes connexes de la déplétion des ressources non renouvelables (pétrole, gaz, charbon, métaux et minéraux comme le phosphate indispensable à l'agriculture industrielle d'aujourd'hui) et le dépassement des limites de la nature (note : contrairement à ce qui avait été annoncé, le rapport du Club de Rome sera abordé lors d'un autre dimanche convivial).

L'exposé sera assuré par Francis Leboutte, ingénieur civil, membre du mpOC et de l'ASPO Belgique (ASPO : Association for the Study of Peak Oil and Gas).

Goûter à partager sur le mode de l'auberge espagnole : chacun apporte quelque chose à partager. Boissons payantes au profit de l’An Vert absl.

À l’An Vert asbl (ateliers d’art et d’essais), rue Mathieu Polain 4, 4020 Liège (lanvert.be) à 14h. Entrée libre.

L'affiche-programme ; le tract (2 tracts A5 par page).

Pour en savoir plus sur la question du jour, voir notre collection d'articles sur les thèmes de l'énergie et des limites ainsi que notre bibliographie.

L'agenda du mpOC-Liège

En gras les activités propres du mpOC-Liège ou celles auxquelles il contribue.

Autres dimanches conviviaux à venir :

Auto-fabrication de produits d'entretien respectueux de la santé et de l'environnement (en avril sans doute), balade (en principe, il y a une balade tous les deux mois).

Soutien aux faucheurs d'OGM

Voir l'agenda pour la soirée de soutien que nous co-organisons le vendredi 21 décembre au Beau-Mur. La bière que nous vendons au profit des faucheurs monte en puissance : elle fait dorénavant 8 degrés et est bio (il nous reste quelques cartons de la précédente - 6°).

Pour rappel : 11 accusés et plus de 80 comparants volontaires sont convoqués au tribunal de Termonde le 15 janvier 2013, suite à l'arrachage de pommes de terre OGM à Wetteren, le 29 mai 2011. Achetons la bière La Faucheuse ! Cette excellente bière artisanale est vendue pour aider à couvrir les frais d'avocats des accusés ainsi que les amendes qu'ils pourraient avoir à payer. Le mpOC-Liège organise la distribution de cette bière en région liégeoise : plus d'info, où acheter cette bière (si vous n'avez pas d'accès à l'internet, par tél. au 04 277 91 42).

Articles et documents

Sommaire

– Démographie et empreinte écologique
– La Pauvreté, pourquoi ? Les travailleurs pauvres, ce magnifique oxymore
– Le droit de désobéir aux créanciers
– Dexia : le choix du défaut (Paul Jorion)
– Nucléaire :
     – Le rapport sur la la catastrophe de Fukushima ;
     – Le Grand Nord souillé pour des siècles ;
     – Le démantèlement à l'infini d'un réacteur.
– OGM : comment l'EFSA a-t-elle géré l'étude française (Séralini) ?
– Climat : l'inertie des États doit cesser

Démographie et empreinte écologique

La présentation introductive (Démographie et empreinte écologique) du dernier dimanche convivial consacré à la démographie est disponible dans la rubrique Démographie de la section Articles du site. Lien direct.

La Pauvreté, pourquoi ? Les travailleurs pauvres, ce magnifique oxymore

Chroniques sur la pauvreté, Paul Hermant (RTBF, fin novembre 2012) :

Pour tout vous avouer, ces derniers temps j’ai beaucoup ruminé. Depuis, en fait, que l’on m’a demandé de reprendre mon collier de chroniqueur quotidien pour quelques jours à l’occasion de cette semaine sur la pauvreté. Et j’avoue donc que je suis fort ennuyé parce que plutôt que de la pauvreté, c’est du travail que j’aurais voulu parler.

Notez bien que, dans notre pays de bonne humeur, il est désormais possible de faire les deux à la fois car si travail et pauvreté ne riment pas, désormais, on les voit souvent aller ensemble. Et donc je m’en vais consacrer ces cinq chroniques à cet oxymore magnifique, qui a déjà un passé glorieux et qui, n’en doutons pas, jouira aussi d’un avenir radieux : je veux parler des travailleurs pauvres.

Un oxymore, vous savez ce que c’est. C’est faire aller ensemble des termes contradictoires. Par exemple, un silence assourdissant, ça ne se peut pas. Par exemple, une luxueuse austérité non plus ça ne se peut pas. Pourtant nous voyons exactement où l’on veut nous mener quand on nous dit ça. Et donc quand on nous parle de travailleurs pauvres, nous comprenons tout de suite qu’on a beau faire partie de la Belgique qui se lève tôt, ce n’est pas pour autant qu’on sait toujours où coucher le soir.

Aujourd’hui, 4,5% des travailleurs sont limite, juste au-dessus, juste en-dessous, du seuil de pauvreté, environ 1000 euros par mois pour un isolé. 4,5%, ce n’est peut-être pas grand-chose, mais ça fait tout de même 220.000 personnes[...]

Le droit de désobéir aux créanciers

Un extrait d'un texte de Renaud Vivien (CADTM), son intervention au 2ème Forum sur la désobéissance le 29 septembre 2012 à Grigny (Rhône).

Selon l’idéologie dominante, les gouvernements n’ont pas le choix : ils doivent rembourser toutes les dettes publiques et appliquer des mesures d’austérité anti-sociales afin de dégager les ressources nécessaires à leur remboursement. Pour l’affirmer, les défenseurs de cette idéologie se réfèrent notamment au droit international en invoquant le principe ’pacta sunt servanda’ qui signifie que les conventions doivent être respectées. Or, ce principe n’est pas absolu et ne vaut que pour « des dettes contractées dans l’intérêt général de la collectivité ». C’est aussi le sens de la doctrine de la dette odieuse selon laquelle « les dettes d’États doivent être contractées et les fonds qui en proviennent utilisés pour les besoins et les intérêts de l’État ». Il n’existe donc pas d’obligation inconditionnelle de rembourser les dettes publiques comme l’a justement rappelé la CNUCED dans un rapport de 2010 consacré à la dette odieuse. Plusieurs États ont d’ailleurs refusé d’assumer le paiement de certaines dettes publiques.

Dexia : le choix du défaut (Paul Jorion)

Français et Belges se sont mis d’accord le 8 novembre pour recapitaliser Dexia de 5,5 milliards d’euros, en sus des 6,5 procurés en 2011. Pendant ce temps-là l’Europe a pris la décision d’abandonner définitivement en 2014 le Programme Européen d’Aide aux Plus Démunis, dont le budget annuel est de 500 millions.

Le rapprochement est bien entendu choquant. Creusons cependant. Le fait que la somme ait été dégagée rapidement pour Dexia, ne signifie pas pour autant qu’elle ait été trouvée aisément. Cela ne signifie pas non plus qu’il soit beaucoup plus facile de dégager 5,5 milliards pour la finance que 500 millions pour les plus démunis, c’est que, dans le cas de ceux-ci, nos gouvernants estiment avoir encore le choix des sommes à allouer, alors qu’avec Dexia nous n’avons pas le choix. Un rapide calcul pour le pays le plus exposé des deux explique pourquoi. La Belgique vient d’avancer 2,915 milliards d’euros. En l’absence d’une telle décision, Dexia aurait fait faillite, les garanties de la France et de la Belgique auraient été activées, dont coût éventuel pour cette dernière : 54 milliards d’euros, soit un gonflement de sa dette publique de 15 %, entraînant une dégradation de sa notation de crédit, laquelle impliquerait une hausse du coupon réclamé par le marché des capitaux sur les emprunts qu’elle émet.

Absence de véritable choix donc. Si l’on cesse de venir en aide à Dexia, le risque systémique est immédiatement lisible en surface ; si l’on cesse d’aider les plus démunis, un risque systémique est là aussi présent, mais moins automatique, plus difficile à évaluer : plus souterrain, plus obscur. Il n’empêche : c’est bien la crainte d’un risque systémique de cet ordre qui avait conduit Bismarck à poser les premiers jalons de l’État-providence : assurance maladie-invalidité et système de retraites.

Si l’équation « 5,5 milliards pour Dexia = indispensable ; 500 millions aux plus démunis à l’échelle européenne = impensable » semble aujourd’hui aller de soi, il arrivera bientôt qu’iront également de soi : 5,5 milliards indispensables pour la banque Trucmuche … ou pour la banque Duschnock ou pour la banque… ; tandis que 500 millions sont impensables pour les classes de rattrapage … ou pour la médecine préventive… ou pour l’aide aux handicapés… la liste est longue ! Lire la suite.

Nucléaire : – le rapport sur la la catastrophe de Fukushima ; – Le Grand Nord souillé pour des siècles ; – Le démantèlement à l'infini d'un réacteur.

Les articles et documents mentionnés ci-dessus sont disponibles dans la rubrique Énergie nucléaire de la section Articles du site.

Une traduction du résumé du rapport de la Commission indépendante sur la catastrophe nucléaire de Fukushima est maintenant disponible en format pdf (105 pages, fukushima.over-blog.fr). Ce rapport d’enquête, commandité par la Diète Nationale du Japon, révèle entre autres que :

– la catastrophe nucléaire de Fukushima est d’origine humaine, alors que TEPCO et toutes les autorités l’attribuaient au tsunami,
– la résistance des réacteurs au séisme était inadéquate,
– il n’existait pas de réponse adaptée aux tsunamis,
– les contre-mesures aux accidents graves étaient non conformes aux standards internationaux,
– l’alimentation électrique externe était très vulnérable,
– les bureaucraties complices ont rendu la catastrophe inévitable,
– l’évacuation des résidents s’est faite dans une extrême confusion,
– la catastrophe aurait pu être encore plus grave.

Le journal Le Monde du 21 novembre publie un article de Pierre Le Hir, Le Grand Nord souillé pour des siècles par des déchets nucléaires. Extrait :

Fragilisé par le réchauffement, la pêche industrielle et le tourisme polaire, convoité pour les gisements de pétrole, de gaz et de minerais que recèle son sous-sol, déchiré par les nouvelles routes maritimes que va ouvrir la fonte des glaces, le Grand Nord, ce territoire précieux et vulnérable, porte aussi les stigmates de multiples pollutions. La contamination radioactive est l'une des plus préoccupantes. C'est ce que fait apparaître l'inventaire – le premier du genre – qu'a entrepris de dresser l'association de protection de l'environnement Robin des Bois.[...] L'océan Arctique est un gigantesque vivier de poissons pour les populations indigènes qui s'en nourrissent et dont la santé est au premier chef menacée, mais aussi pour la planète, à laquelle il fournit, avec les eaux subarctiques, de 20 % à 30 % de ses ressources alimentaires marines." Ce n'est pas le seul danger. La fonte de la banquise polaire et le dégel du permafrost, poursuit-il, vont "remobiliser des substances radioactives" qui, jusqu'alors prisonnières des glaces, risquent de se disséminer dans les écosystèmes. L'ONG a identifié, au-delà du cercle polaire arctique – ou, dans quelques cas, un peu plus au sud, les courants atmosphériques et marins poussant les dépôts vers le nord –, quelque 90 sites marqués par la radioactivité émise par des activités industrielles et militaires. La Russie en concentre plus de la moitié (50), notamment sur la péninsule de Kola et l'archipel de Nouvelle-Zemble. Les autres se répartissent entre la Norvège (25 dont 19 sur l'archipel de Svalbard), l'Alaska (8), le Canada (3), la Suède (3) et le Groenland (2). La Finlande n'en compte aucun et l'Islande n'a pas été étudiée.[...] Le site d'Andreeva Bay, dans le nord de la péninsule de Kola, représente, pour Robin des Bois, un "cauchemar". L'Union soviétique y avait installé, dans les années 1960, trois piscines de refroidissement des combustibles usés provenant de sous-marins et de brise-glaces nucléaires. Des fuites se sont produites dans deux d'entre elles, provoquant une très forte contamination. Depuis, des entreposages à sec de 22.000 assemblages de combustibles ont été aménagés, dans des conditions très précaires.

Brennilis, une centrale nucléaire pour l’éternité (Fabrice Nicolino, Charlie-Hebdo).

Ce devait être la vitrine du démantèlement des centrales nucléaires. C’est devenu une gabegie. Un foutoir dont les travaux ont commencé en 1985. Dernier gag : EDF ne sait plus où mettre les déchets, et ne peut donc plus démonter le réacteur.[...] La commission Peon, qui a lancé tout notre programme électronucléaire, avait prévu un coût de démantèlement de 19,4 millions d’euros. La Cour des Comptes, dans un rapport de 2005, l’établissait à 480 millions, soit la bagatelle de 25 fois plus. Et c’est loin d’être fini.[...] Brennilis, pendant ce temps, rouille sur pied. Et fuit. Une étude de la Crii-Rad établit en 2007 que la centrale, qui n’a plus l’autorisation d’émettre quelque rejet radioactif que ce soit, continue à le faire. Il y a du tritium dans l’air et en certains points, des concentrations de 3 000 becquerels par kilo de césium 137, alors qu’on ne devrait pas en trouver plus de 50.

OGM : comment l'EFSA a-t-elle géré l'étude française ?

Les suites de la parution en septembre des résultats de l’expérimentation menée par l’équipe de Gilles-Eric Séralini (Oui, les OGM sont des poisons ! titrait par exemple le Nouvel Observateur du 20 septembre). Dans l'article dont le résumé suit (en anglais), le Corporate Europe Observatory (CEO), une association qui observe de près l'influence de l'industrie dans les décisions de l'Union Européenne, analyse la réaction de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Les articles du Nouvel Observateur et du CEO sont disponibles dans la rubrique Alimentation et agriculture de la section Articles du site.

Le résumé de l'article du CEO (How EFSA dealt with French GM study: which lessons ?) :

The biotech industry has launched an extensive offensive to discredit the study published last September by a team of French researchers suggesting serious concerns about the long term health impact of Monsanto's NK603 maize and the Round-up herbicide it has been genetically engineered to tolerate. As a result, it has been difficult to sort legitimate criticism of the study from industry spin.

Putting this criticism to oneside, the way the European Food Safety Authority (EFSA) has managed the Séralini case does not meet the standards that should be expected from the “keystone of European Union (EU) risk assessment regarding food and feed safety”. Instead of meaningfully contributing to the public debate by sorting the bad arguments from the good, and, more crucially, instead of siding with public safety by calling for more research, EFSA fanned the flames of public controversy by publishing a radically one-sided assessment putting the entire blame on Séralini, applying a level of scientific standards never reached by the Monsanto study on NK603 it accepted for its EU authorisation and ignoring some national agencies' calls to more research and a review of GMOs and pesticides' risk assessment guidelines.

What is more, EFSA failed to properly and transparently appoint a panel of scientists beyond any suspicion of conflict of interests; and it failed to appreciate that meeting with Europe's largest biotech industry lobby group to discuss GMO risk assessment guidelines in the very middle of a EU review undermines its credibility. Today more than ever, EFSA appears to be in need of radical change to become genuinely independent from the industry it is meant to regulate.

Climat : l'inertie des États doit cesser. Pour une transition écologique radicale, juste et démocratique 

À l'occasion de la nouvelle Conférence des Parties de la Convention Cadre sur les Changements climatiques à Doha (au Qatar, du 26 novembre au 7 décembre 2012 - COP-18), dans un document précis (11 pages) et incisif, Attac-France interpelle le gouvernement français et l'Union européenne sur les politiques menées face à la crise du bouleversement climatique global. Extrait :

[...]Alors que l'Agence Internationale de l'Energie a déclaré dans son dernier rapport qu'il ne fallait pas consommer plus d'un tiers des réserves prouvées d'énergies fossiles d'ici à 2050 pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global à la fin du siècle, le gouvernement français semble loin d’avoir pris la mesure des transformations nécessaires[...]

La France et l'Union européenne ne peuvent plus être considérées comme de bons élèves en matière climatique alors que leurs résultats et leurs engagements sont plus qu'insuffisants. Les négociations internationales sur les dérèglements climatiques et les multiples politiques mises en oeuvre depuis près de vingt ans n'ont pas enrayé l'augmentation des émissions des gaz à effets de serre et le réchauffement climatique global. Au contraire, de nouveaux records sont battus quasiment chaque année. On ne compte plus les rapports annonçant des perspectives de réchauffement climatique au-delà des 2°C. Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et s'intensifient. Mais nos gouvernements laissent inchangées des politiques climatiques fondées sur des mécanismes de marché qui ont fait preuve de leur inefficacité.

Là où les pays de l'Union européenne devraient réduire leurs émissions de 30 à 40 % en 2020 par rapport à 1990 selon les préconisations du GIEC, la réduction des émissions européennes corrigées des émissions liées aux produits importés est d’à peine 4%. Loin d'avoir incité les industriels à réduire leurs émissions et d'avoir permis la substitution d'énergies renouvelables aux énergies fossiles, le marché carbone européen est un échec patent. Surabondants, les droits d'émission délivrés gratuitement par les pays se négocient actuellement à seulement quelques euros. Leur vente constitue bien souvent un effet d'aubaine pour une large part d'industriels fortement dotés et un effet d’opportunité pour la finance carbone. Par ailleurs, les mécanismes de flexibilité et de compensation carbone permettent à ces mêmes industriels d'éviter de réduire leurs propres émissions en finançant des projets peu convaincants au Sud.

Comme l'ont montré ses préparatifs, la conférence de Doha se situe dans la droite ligne de la séquence Copenhague-Durban qui a siphonné toute possibilité d'engagement contraignant en termes de réductions d'émissions, qui a considérablement affaibli le protocole de Kyoto sans fournir les financements additionnels attendus tout en discréditant le processus de négociations onusien. La précédente conférence, à Durban (Afrique du Sud), avait abouti en effet à un accord sans engagement, condamnant la planète à une augmentation de la température globale de plus de 4°C. Les responsabilités sont désormais diluées à travers la négociation d'un nouveau mandat pour 2015 qui ne serait applicable qu’en 2020[...] Nous attendons de la France et de l’Union européenne une politique exemplaire seule capable de leur donner une légitimité pour accélérer les négociations internationales afin d'aboutir au plus vite à un accord international contraignant, juste et à la hauteur des enjeux.

Vers le chaos climatique ?

Le constat est clair. Les négociations internationales sur les dérèglements climatiques et les multiples politiques mises en oeuvre depuis près de vingt ans n'ont pas enrayé l'augmentation des émissions des gaz à effets de serre et le réchauffement climatique global. Chaque année, ou presque, est l'objet de nouveaux records. Plus 3,2 % d'émissions en 2011 alors qu'elles avaient déjà augmenté de 6 % en 2010. Selon le dernier rapport de la Banque Mondiale rédigé par le Potsdam Institute for Climate Impact Research, les émissions atteindraient les 35 milliards de tonnes en 2012. A ce rythme-là, plusieurs études ont montré que le réchauffement global pourrait dépasser les 4°C d'ici la fin du siècle. Soit deux fois plus que l'objectif maximal de 2°C que s'étaient assignés les Etats de la planète. L'analyse pays par pays montre que plusieurs gouvernements n'appliquent pas les politiques censées réduire leurs émissions, ce qui devrait accroître, plutôt que resserrer, l’écart entre les émissions réelles et les objectifs de réduction qui permettraient de contenir l’augmentation de la température terrestre. A ce jour, le réchauffement global par rapport à l'ère préindustrielle est de 0,8°C. Les conséquences sont déjà palpables : les océans se réchauffent et s'acidifient modifiant les écosystèmes et courants marins, les glaciers andins, alpins ou himalayens fondent, les calottes glacières du Groenland et de l'Arctique se réduisent à peau de chagrin pendant l'été, le niveau de la mer augmente (20 cm) et menace de nombreuses côtes et îles de la planète, les saisons des pluies et des moussons sont profondément chamboulées et les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient et s'intensifient. Ainsi en est-il des typhons et inondations au Pakistan, en Thailande, aux Philippines ou sur la côte Est des Etats-Unis, des sécheresses en Australie, en Afrique ou au coeur des Etats-Unis, ou encore des feux de forêts en Russie. Autant d'éléments tangibles des premiers effets du réchauffement climatique global. Le tout avec des conséquences désastreuses aussi bien dans les pays du Sud que dans les pays du Nord.

Au delà de +2°C, les scientifiques avaient prévenu que ces conséquences ne seraient plus maîtrisables. Que se passera-t-il avec +4°C, +6°C de réchauffement global ?[...] Les dommages subis par les écosystèmes réduiraient sans doute considérablement la capacité de la nature à assurer une série de fonctions écologiques pourtant essentielles à la vie humaine et la vie en général. Ce monde serait si différent que « les capacités de prévision et de planification indispensables » seraient remises en cause. Tout comme la possibilité de s'adapter à ces nouvelles conditions.

La finance carbone fait partie du problème pas de la solution[...]

Laisser les énergies fossiles dans le sol : pour un moratoire international !

[...]Dit autrement, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) préconise de laisser dans le sol plus des deux tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles, ceci afin de préserver 50% de chance de ne pas dépasser les 2°C d'ici la fin du siècle. Ces résultats ne sont pas nouveaux.

Sur la base d'une étude du Potsdam Institute for Climate Impact Research, l'ONG Carbon Tracker démontrait qu'il ne fallait pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 ou équivalents CO2 d'ici à 2050 pour avoir quatre chances sur cinq de ne pas dépasser la barre fatidique des 2°C. Or, la combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2 795 gigatonnes de CO2, soit cinq fois plus. Ainsi, selon ces données, 80 % des réserves d'énergies fossiles actuelles ne doivent pas être extraites et consommées si l'on veut respecter les objectifs de stabilisation du climat fixés par la communauté internationale. Soit la majorité des réserves conjointes de pétrole, de gaz et de charbon.

L'humanité fait donc face à un trop-plein d'énergies fossiles d'ici à 2050 et non à une pénurie. Pour être tout à fait exact, l'AIE suspend cette conclusion à la possibilité « d'un déploiement à grande échelle de la technologie de captage et de stockage du carbone (CSC) ». Comme ces techniques sont à ce jour non maîtrisées, peu fiables, et incapables de s'occuper de l'essentiel des émissions de CO2 liées aux transports, au bâti et aux petites unités de production industrielle, etc., il est raisonnable de les écarter, comme le font la majorité des experts du climat.

En poursuivant le raisonnement de l'AIE, il n'y aurait donc aucune raison de poursuivre les explorations et forages pour extraire du pétrole, du gaz ou du charbon toujours plus loin, toujours plus profond. Extrêmement coûteuses et dangereuses, les explorations d'hydrocarbures non conventionnels, comme les gaz et pétrole de schiste, ne sont donc pas compatibles avec les objectifs climatiques[...]

L'Union Européenne n'est pas le modèle à suivre

L'Union européenne est souvent affublée d'un titre de leader climatique dans les négociations internationales. Pourtant, que ce soit sur le plan des réductions d'émissions, de ses politiques climatiques ou de son action au sein des négociations internationales, le bilan de l'Union européenne n'est pas bon. Et elle se trouve aujourd’hui très fortement marginalisée et délégitimée, faute d’avoir engagé elle-même un véritable processus de transition et d’avoir respecté ses engagements financiers internationaux.

Si l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) s'est récemment félicitée de la baisse de 2,5 % des émissions de l'UE entre 2010 et 2011, c'est oublier qu'elle est consécutive à une augmentation des émissions de 2,4 % en 2010 et qu'elle est le fruit d'un hiver relativement doux et de la crise économique. De plus, en prenant en compte les émissions liées aux produits importés, les émissions de gaz à effet de serre pour les 27 pays de l'Union européenne n'ont pas baissé de 17,5 % mais seulement de 4% entre 1990 et 2012. Voilà des résultats largement insuffisants et ce d'autant plus que les engagements pour les années à venir sont très insuffisants[...]

Alors que le marché du carbone européen est peu efficace, qu'il a produit des bénéfices exceptionnels pour les entreprises polluantes, qu'il a repoussé la transition nécessaire et l'abandon des combustibles fossiles, maintenant les pays européens dans la production d'énergie à base de combustibles fossiles, l'Union européenne le considère toujours comme « le pilier de la politique européenne pour le climat ». L'UE n'hésite pas à le prendre en exemple et à le promouvoir pour justifier la création de nouveaux marchés de ce type ailleurs sur la planète ou sur d'autres enjeux (biodiversité, etc.). Ce ne sont pas les récentes propositions de la Commission européenne pour modifier le fonctionnement du marché carbone qui modifieront la donne. Le marché du carbone européen est aujourd'hui une entrave à des politiques climatiques européennes capables de réduire significativement les émissions.

Pétitions

Récemment ajoutées sur notre site :

 

Pour le mpOC-Liège,
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