Lettre des objecteurs de croissance de Liège

Le 14 février 2012

mpOC-Liège
Mouvement politique des objecteurs de croissance
Groupe de Liège

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vous pouvez la consulter, de même que les lettres précédentes,
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Bonjour,

Cette lettre tout d'abord pour vous inviter à nos deux prochains dimanches conviviaux du 26 février et du 1er avril, voir l'agenda ci-dessous pour plus de précisions. Ensuite pour vous faire part de nouvelles pétitions et d'un choix de quelques articles que nous avons trouvé intéressants, soit dans l'actualité récente, soit en rapport avec nos explorations actuelles (démocratie directe). Enfin nous ne pouvions manquer de vous parler de Geneviève Azam venue donner une conférence à Liège en janvier.

Sommaire

– L'agenda du mpOC-Liège
– Pétitions
– Lectures
– Dans la presse indépendante
– Le temps du monde fini (Geneviève Azam)

 

L'agenda du mpOC-Liège

En gras les activités propres du mpOC-Liège ou celles auxquelles il contribue.

Pétitions

Trois des pétitions ajoutées récemment sur notre page web :

Lectures

Quelques uns des articles ajoutés récemment sur notre site :

À boire et à manger pour Eva, un article de Jean-Luc Porquet dans Le Canard Enchaîné du 1er février 2012. Un rappel des idées avancées par les verts français lors de la campagne pour l’élection présidentielle en 1974. Pourquoi ce bref rappel historique ? Simplement pour montrer que, il y a trente-huit ans, l’écologie politique était plus radicale, offensive, inventive que celle d’aujourd’hui. Celle qu’incarne aujourd’hui Eva Joly[…] et, ajouterons-nous, les autres têtes de file des partis verts en Belgique et en Europe. En réalité, l’écologie politique n’est pas moins radicale aujourd’hui. Simplement, chez les verts européens, il y a longtemps déjà que le réalisme a pris le dessus et provoqué la dissolution de toutes ces belles idées dans le système capitaliste et les institutions dominantes.

La démocratie vue par ses inventeurs, Annick Stevens. Extrait : L’intérêt de lire les auteurs grecs qui ont pensé la démocratie [directe] de leur temps est avant tout de se libérer des fausses évidences de notre époque sur l’organisation d’une démocratie et sur le rôle qu’y jouent les citoyens. Des philosophes politiques comme Hannah Arendt et Cornélius Castoriadis ont attiré l’attention sur l’utilité du modèle antique pour refaire du politique un véritable espace public.[...] On verra ainsi que bon nombre de leurs arguments et de leurs propositions sont encore tout à fait valables aujourd’hui et que nous pouvons les utiliser pour défendre notre projet de société.

L'offensive anti-syndicale bat son plein !, Alain Van Praet, délégué syndical. Extrait : Depuis quelques jours, la «grande presse» est à nouveau à l’offensive contre le mouvement syndical, accusé de faire preuve d’irresponsabilité (« vu la situation du pays, les syndicats se tirent une balle dans le pied »), d’inconséquence (« la grève ne sert à rien car le gouvernement a déjà décidé »), voire même de terrorisme (la victime étant ici la population belge «prise en otage») ![...]
Le but de cette campagne vise naturellement à discréditer le syndicalisme qui reste, malgré ses difficultés, un obstacle à l’offensive du «gouvernement papillon», gagné par une frénésie «austéritaire» qui ne semble plus connaître de limites…

Ces gens, tout de même, ces gens d’en haut, Jean-Pierre Léon Collignon (l’indispensable Monsieur Jean-Pierre, chroniqueur mondain, RTBF, la Première). Extrait : Et puis, chez nous, ces 20% de suicides en plus sur les voies de chemin de fer, les suicidés de Flandre, ces irresponsables desquels Lievens Annemas, économiste de son état, dit ceci, qui vaut son pesant d’or et que je cite : « Il y a tant de personnes en Flandre qui veulent s’ôter la vie que cela risque de devenir un problème pour l’économie ». On savait déjà que les économistes ne racontaient que des conneries, mais là, c’est le pompon ! Et, dans la foulée, la limite de l’indécence et de l’imbécilité a été largement franchie, en début de semaine, par Monica De Koninck ministre, socialiste – ricanons de concert – de l’esclavage le plus moderne. Je vous passe les détails, vous êtes au courant.

Dans la presse indépendante

Plafonner les revenus, une idée américaine, Sam Pizzigati(*), Le Monde diplomatique. Le début de l'article :

Si la pauvreté soulève une indignation unanime — il faudrait la combattre pour rendre le monde plus juste —, la fortune est plus rarement perçue comme un problème. Mais, avec la tempête financière, le lien entre l’une et l’autre refait surface. En même temps qu’une idée née aux Etats-Unis il y a plus d’un siècle : limiter les revenus des plus riches.
Au nombre des revendications portées par les militants du mouvement Occuper Wall Street, il en est une qui plonge profondément ses racines dans l’histoire des Etats-Unis : l’instauration d’un plafond pour les hauts revenus. Depuis l’époque dorée de l’après-guerre civile américaine, les grandes mobilisations en faveur de la justice économique ont toujours énoncé cette demande, aujourd’hui appelée « salaire maximum ». Cette formule n’englobe pas seulement le salaire, mais la totalité des revenus annuels ; elle permet de créer un lien de familiarité avec la notion de « salaire minimum ».
C’est le philosophe Felix Adler — surtout connu pour avoir fondé et présidé, au début du XXe siècle, le National Child Labor Committee — qui, le premier, a porté cette revendication. Selon lui, l’exploitation des travailleurs, jeunes et vieux, génère d’immenses fortunes privées qui exercent une « influence corruptrice » sur la vie politique américaine. Pour limiter celle- ci, il propose de mettre en œuvre une fiscalité très fortement progressive pouvant atteindre, au-delà d’un certain seuil, 100 % d’imposition. Ce taux laisserait à l’individu « tout ce qui peut vraiment servir à l’accomplissement d’une vie humaine » et lui arracherait « ce qui est destiné à l’apparat, à la fierté, au pouvoir ».
Si le New York Times a donné à l’appel d’Adler une large audience, la notion de « salaire maximum » n’a pas connu de traduction législative avant le premier conflit mondial. Afin de financer l’effort de guerre, les progressistes proposent alors de taxer à hauteur de 100% les revenus supérieurs à 100 000 dollars (soit 2,2 millions de dollars en 2010).
Le groupe qui soutient cette mesure, l’American Committee on War Finance, rassemble deux mille volontaires à travers le pays. Il publie dans les journaux des coupons détachables que les lecteurs peuvent signer, s’engageant ainsi à « œuvrer pour la promulgation rapide d’une loi » sur la limitation des revenus : une « conscription de la richesse », selon les mots du comité.[...]

La suite dans Le Monde diplomatique de février actuellement vendu en kiosques.
Apparenté à ce thème, lire Un revenu pour tous !, un livre de Baptiste Mylondo au format PDF disponible sur le site du mpOC-Liège. Également disponible en librairie (Les Editions Utopia, 5 €).

(*) Chercheur associé à l’Institute for Policy Studies (Washington, DC) et rédacteur en chef du site Too Much. Auteur de The Rich Don’t Always Win : The Forgotten Triumph Over Ploutocracy, 1900-1970, That Created the Classic American Middle Class, Seven Stories Press, New York, à paraître à la fin de 2012.

Le temps du monde fini (Geneviève Azam)

Le 12 janvier, Geneviève Azam a donné une conférence à Liège autour de son livre Le temps du monde fini, vers l'après-capitalisme. Vous trouverez ci-dessous un extrait de l'introduction. Écouter la conférence et le débat qui a suivi via le site du mpOC-Liège.

« Le temps du monde fini. J’ai emprunté ces mots à Paul Valéry, qui écrivait au début des années 1930 : Le temps du monde fini commence. Faute d’y avoir vu un commencement, nous sommes désormais soumis à l’annonce de catastrophes qui s’enchaînent. Elles saturent les ondes et la pensée, s’annulent à force d’accoutumance, éteignent la sensibilité. Saurons-nous regarder ce temps autrement que dans l’accablement, la déploration, la résignation ou la fuite ? Saurons-nous relier les crises et en faire un événement qui laisse apparaître d’autres horizons ? Je l’espère et c’est la raison d’être de ce livre.

Dans ce monde fini, les dérèglements multiples expriment l’effondrement d’un modèle qui s’écroule en se globalisant. J’ai hésité à employer ce terme d’effondrement, tant l’attente de la crise finale du capitalisme, régulièrement prophétisée, a empêché de saisir comment ce processus s’est régénéré de ses contradictions. Parler d’effondrement ne signifie ni la disparition programmée du capitalisme et l’attente du grand soir, ni la fin de l’histoire.

Malgré ces restrictions, j’ai finalement adopté cette idée car elle libère d’une vision de la crise réduite à une étape regrettable dans le fil de l’histoire, un mauvais moment à passer ou un ultime soubresaut du capitalisme. Elle révèle les logiques qui sont à l’œuvre, les lieux, les moments et les expériences d’où peuvent surgir des points de rupture, des écarts, qui, au lieu d’entretenir un processus devenu mortifère et le désespoir de ceux qui lui opposent une résistance, ouvrent d’autres possibles. Soulever le couvercle qui étouffe et regarder lucidement ce qui reste caché sous des mots qui trompent est un passage pour comprendre ce qui arrive, au lieu de céder aux sirènes d’un progrès inéluctable. Trop de révoltes, d’espoirs et de résistances pour changer le monde ont sombré dans leur contraire ou se heurtent à un sentiment d’échec, à force d’attendre un après ou un ailleurs qui devraient nécessairement venir et ne viennent pas.

C’est dans ce monde-là, sur cette Terre que nous habitons, que nous avons à nous échapper des murs qui enferment, de l’assignation au temps présent, à retrouver l’imagination qui fait défaut tant elle est assiégée par une réalité qui oppresse, tout en étant insaisissable.[…]

J’ai voulu écouter d’autres voix, celles qui disent d’engager dès aujourd’hui une transition vers d’autres mondes plus sobres, d’opposer, à la démesure économique et matérielle qui pollue l’air et les esprits, des choix collectifs qui restituent une capacité d’agir, une prise sur la vie, un sentiment d’appartenance à un monde commun et un lien à la Terre. Ces propos peuvent sembler naïfs et eux-mêmes dérisoires. Je ne crois pas qu’ils le soient. La naïveté ne consiste-t-elle pas, au contraire, à croire, ou à feindre de croire pour les plus cyniques, que l’expansion, la croissance infinie seraient matériellement possibles et susceptibles de fournir un répit ou un mieux-être à l’humanité ?

La conscience d’un monde fini libère des capacités subversives. Sous les décombres de cette machine à bout de souffle, nous aurions tort de ne pas voir que s’invente aussi un autre rapport au monde et à la Terre. Non pas au nom d’une dialectique qui annoncerait un avenir meilleur enfanté dans le mal présent, mais parce que cette conscience affranchit des faux-semblants et des fausses solutions.

Le temps du monde fini n’est pas une fin de partie. Le capitalisme consume ce qui l’a rendu possible, le travail, la Terre, le temps : il est malade de sa propre démesure et de l’irréversibilité de certaines destructions. Ce monde-là est clos, il est autophage. Il peut encore un temps se nourrir de son propre effondrement, au prix de conflits, d’inégalités galopantes et de guerres pour l’accaparement des richesses matérielles d’une Terre aux contours finis. Mais il ne pourra restaurer la croyance en l’inéluctabilité du progrès, en l’arrachement possible à la condition terrestre, en l’accomplissement de la liberté dans la consommation, fût-elle immatérielle. Cet imaginaire est épuisé ; il emporte dans son déclin celui des forces progressistes quand elles continuent à imaginer un futur qui poursuivrait le modèle en l’améliorant.

Puissions-nous en prendre acte et renvoyer les prophètes du bonheur par le toujours plus à leurs passions tristes, pour entendre ces autres voix, au Nord et au Sud, souvent celles des vaincus, pour être capables de voir des expériences vivantes qui disent que la Terre et ses éléments sont un bien premier, vital, un commun inaliénable. Des voix qui opposent le bien vivre au toujours plus, qui luttent pour conserver ce qui les protège et les enracine et engagent à renouveler les voies de l’émancipation.

Alors, nous découvririons que la peur d’une perte de liberté que pourrait évoquer un monde fini, la peur des limites que nous aurions à choisir collectivement pour assurer la durabilité de ce monde et libérer notre capacité créatrice, sont des remparts de l’imaginaire dont nous avons à nous défaire. Des résistances foisonnent dans le monde, aucune n’est insignifiante, dès lors qu’elle invite à un premier pas de côté, si simple et si difficile à la fois mais infiniment libérateur. »

Pour le mpOC-Liège,
Francis Leboutte

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